La nigelle est-elle une guérison de toute maladie ?

On entend souvent que la nigelle est une guérison de toute maladie.

Cette formule vient d’un ḥadīth connu dans lequel le Prophète ﷺ dit :

« Dans la graine noire, il y a une guérison de toute maladie, sauf la mort. »

Le ḥadīth est présent dans les recueils authentiques d’El Bukhārī et de Muslim. Il ne fait donc aucun doute sur sa source.

Mais comme souvent avec les paroles concises et profondes, sa compréhension demande de s’y arrêter.

Entre ceux qui en font un simple slogan et ceux qui en réduisent la portée, il faut retrouver une lecture juste.

Deux compréhensions chez les ʿulémas

Les ʿulémas ont expliqué cette parole de deux manières principales.

Certains ont considéré que la généralité du ḥadīth visait un type précis de maladies : celles qui relèvent du froid, de l’humidité, des glaires et des obstructions.

D’autres ont retenu un sens plus large, en considérant que la graine noire entre bien dans le traitement de l’ensemble des maladies.

Mais même dans cette seconde lecture, il ne s’agit pas d’en déduire qu’elle s’utilise toujours seule, toujours de la même façon, et dans toutes les situations sans distinction.

Un éclairage précieux

Après avoir évoqué les différents avis sur le sujet, Ibn Ḥajar apporta une précision importante dans son commentaire dudit ḥadīth.

Il expliqua que le fait que la graine noire soit une guérison ne signifie pas qu’on doive l’utiliser toujours seule, ni toujours de la même façon.

Elle peut en effet être utilisée seule ou combinée, en poudre ou entière, par voie orale, en boisson, en administration nasale, en application locale, ou autrement, selon les cas.

Si vous la méditez, cette précision peut changer beaucoup de choses dans votre manière de concevoir l’utilisation de la nigelle.

Elle permet de comprendre qu’elle est bel et bien une guérison, mais que son usage demande de tenir compte du mal, du contexte, de la forme utilisée et de la manière de l’administrer.

Des précisions supplémentaires

Ibn El Qayyim va dans le même sens lorsqu’il parle de la graine noire dans Zād el maʿād.

Il explique qu’elle est particulièrement bénéfique contre les maladies froides. Il mentionne notamment les affections liées au froid, aux glaires, aux obstructions, aux gaz ou à l’excès d’humidité.

Mais son propos ne s’arrête pas là.

Il montre aussi que la graine noire peut entrer dans des traitements plus larges, non pas toujours comme remède isolé, mais parfois comme élément associé à d’autres remèdes, afin d’en accompagner ou d’en renforcer l’action.

Cela confirme une chose importante : la nigelle n’est pas un produit à utiliser toujours de la même manière. Elle peut être un remède direct dans certains cas, et un soutien dans d’autres.

Ce que cela change dans l’usage concret

Dans la pratique, cela oblige à sortir des formules toutes faites.

La nigelle peut être utile dans plusieurs situations, mais elle ne se prend pas toujours de la même manière.

Une huile avalée à jeun, des graines mâchées avec du miel, une application locale sur la peau ou un usage plus ciblé pour le nez ne répondent pas au même besoin.

C’est là que beaucoup d’erreurs commencent : on entend que la nigelle est une guérison, puis on l’utilise sans distinguer la situation, la forme, la dose ou la voie d’administration.

Or, c’est précisément cette distinction qui permet d’en faire un usage plus juste.

Les excès à éviter

Le premier excès consiste à transformer le hadith en slogan.

Dire que la nigelle est une guérison ne signifie pas qu’il suffit d’en prendre n’importe comment, dans n’importe quelle situation, et d’en attendre le même résultat.

Le deuxième excès consiste à consommer la nigelle de manière frénétique sans se soucier de connaître les doses à respecter.

Aussi efficace qu’il soit, un remède utile ne devient pas forcément meilleur parce qu’on augmente la quantité prise.

Enfin, il ne faut pas faire de la nigelle un remplacement automatique de toute autre approche, surtout en cas de maladie chronique, de traitement en cours, de grossesse, d’usage chez l’enfant ou de symptômes importants.

Tout en ayant vanté les vertus de la nigelle, le Prophète lui-même préconisait nombre d’autres remèdes en traitement de pathologies spécifiques. Pour en avoir un aperçu, vous pouvez parcourir le chapitre relatif à la médecine prophétique dans Zād el maʿād d’Ibn El Qayyim.

Dans des publications, nous en aborderons un certain nombre d’entre elles, in chā Allāh.

Ce qu’il faut retenir

De ce qui a précédé, nous retenons que la nigelle est particulièrement indiquée, dans la tradition médicale, pour les affections liées au froid, aux glaires, aux obstructions, aux gaz ou à l’excès d’humidité.

C’est le cas du rhume, de la toux, des états grippaux, de la sinusite congestive, mais aussi des problèmes de digestion lente, de ballonnements, etc.

En association avec d’autres remèdes, elle touche un spectre beaucoup plus large.

Une grande partie de l’intérêt de la nigelle tient à ses composés actifs, étudiés notamment pour leurs effets sur l’inflammation, le stress oxydatif et certaines réponses immunitaires. Cela aide à comprendre pourquoi elle occupe une place aussi large dans les usages traditionnels pour traiter toutes sortes de maladies.

Il peut aussi exister des contre-indications. Elle peut même être proscrite dans certains cas.

En cas de maladie chronique, de traitement en cours, de grossesse, d’usage chez l’enfant ou de symptômes importants, l’avis d’un professionnel de santé reste indispensable.